L’Apocalypse des homards – Jean-Marc Agrati – Dystopia.

Entre récit de l’imaginaire et critique sociale, le recueil de nouvelles et courts textes de Jean-Marc Agrati, l’Apocalypse des homards, est inclassable.

Parfois vulgaire, mettant à jour des scènes violentes – moralement et physiquement – ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains. Pourtant drôle, implacable, critique acerbe du carcan de la société dans laquelle nous vivons, des affres du capitalismes, de la brutalité du quotidien.

Souvent cruel, rarement tendre, le regard posé par l’auteur sur ses personnages est acide, méchant, sans pitié. Le lecteur, lui aussi, est malmené. Transbahuté, choqué, perturbé dans ses habitudes de lecture.
Les êtres sont en marge, à côté, déviants. Ils sont exclus de leur propre histoire. Procédé risqué mais qui fait sourire en dérangeant, mais surtout laisse apparaître les moments tendres, doux, comme des parenthèses qui permettent de respirer au milieu du brouillard, noir. La poésie de Jean-Marc Agrati s’exprime ainsi. À la recherche du plus dur, du plus mystérieux, mais aussi de l’exception d’espoir chez ses êtres démantibulés.

L’écriture est efficace, fine, élégante. L’Apocalypse des homards est de ces livres dérangeants qu’on est contents d’avoir terminés mais qui restent, parce que se dépassant eux-mêmes.
À lire donc.

Le site des éditions Dystopia.

« J’ai trois ans, je suis sur une chaise haute et je mange un yaourt. Le pot est conique et il n’en finit pas. Au début ça va vite, mais plus on creuse, plus il y en a.
Je râle, c’est pas possible. Jamais je ne le finirai. La forme est la pire des formes pour manger un yaourt. On tombe dans un puits et les parois s’éloignent. Impossible d’en prévoir la fin. Ma mère réclame que je bouffe encore un peu, mais je résiste, je trépigne. Elle me raconte des sornettes à base de cuillères que d’autres gars bouffent, mais c’est dans ma gueule que va le yaourt, pas dans celle de tonton.
Une diversion. On me berne, c’est tout. Et le pot de yaourt n’en finit pas de devenir cruel et infini. Pourtant, je suis content. J’accepte la cuillerée immangeable et je me retranche. J’apprends à fond le piège terrible de ce tronçon de cône. Ça devient une arme et tout est plus précis. La vengeance s’apprend au quotidien. »

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À propos de Mademoiselle le 6

En manque de moi-même, j'attends qu'une ombre autre me définissent avec autant d'humour et de bienveillance que celui qui était l'auteur de la précédente description.
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2 réponses à L’Apocalypse des homards – Jean-Marc Agrati – Dystopia.

  1. fougeres dit :

    Oui, il y a de la violence dans les nouvelles de J.M Agrati, et aussi (point de vue de femme) du machisme qui est indissociable de l’érotisme et du sexe. Et pourtant , quelle verve décapante et drôle !Je me sens à la fois agressée et aimée (Eros et Tanathos) dans ma vie de femme déjà vieillissante !!salut

    • Je suis bien d’accord avec cette schizophrénie que ressent la lectrice à la lecture de Jean-Marc Agrati. Mais j’avouerai qu’elle n’est pas pour me déplaire car qu’il est bon de se faire caresser à rebrousse poil.

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